«Syndicalisme et Politique» : une conférence publique de l’UAS animée par Bassolma BAZIE

L’Unité d’action syndicale (UAS) a organisé le vendredi 8 janvier 2016 une conférence publique sur le thème «Syndicalisme et Politique». Cette conférence s’est tenue à l’occasion de la commémoration du 50e anniversaire du soulèvement populaire du 3 janvier 1966. Elle a été animée par le camarade Bassolma BAZIE, SG de la Confédération générale du travail du Burkina (CGT-B) et PDM sortant des Centrales Syndicales. Voici la communication introductive du conférencier.

Bazie Bassolma

INTRODUCTION

La question du rapport entre le syndicalisme et la politique est souvent évoquée dans les débats, en l’occurrence sous forme d’accusation. Ainsi, on entend ici et là accuser des syndicalistes ou des syndicats de faire de la politique. 

Par ailleurs, du syndicalisme, il n’y a qu’un pas pour arriver à la politique, et dans tous les pays, les exemples foisonnent de syndicalistes devenus mini-chefs de partis ou même hommes d’Etat.

Enfin, il faut dire qu’aucun parti politique digne de ce nom, au pouvoir ou dans l’opposition n’est indifférent aux syndicats, d’où leurs initiatives constantes pour créer, contrôler ou liquider les syndicats.

Pour introduire les échanges nous proposons de suivre le plan ci-après :

I. Quelques définitions

II. Rapport Syndicalisme/Politique

III. Du syndicalisme à la politique

Conclusion

I. Quelques définitions

1.1 Le syndicalisme et le syndicat

Le syndicalisme est la résultante de deux (2) phénomènes objectifs liés au progrès économique et social. Il s’agit de  la résistance des ouvriers face à l’exploitation capitaliste d’une part et de  la prise de conscience de la classe ouvrière d’autre part. Le Syndicalisme peut donc se définir simplement comme  l’action du syndicat.

Sur le syndicat : historiquement les premiers syndicats datent de la 2ème moitié du 19ème siècle avec le développement du capitalisme. Avec l’aide et l’éclairage d’intellectuels révolutionnaires comme Karl Max et Friedrich Engels, les ouvriers vont comprendre leur place dans le système de production, le mécanisme de leur exploitation et la nécessité de mieux s’organiser face au patronat.

Les syndicats vont connaître une évolution : compagnonnages, syndicats d’entreprises, corporations, fédérations puis confédérations nationales et/ou internationales appelées communément centrales syndicales.

Nous pouvons donc définir le syndicat comme :

  • une vaste organisation de travailleurs (euses), à l’intérieur de laquelle, ceux-ci font leur apprentissage de la lutte organisée pour l’amélioration de leurs conditions d’existence ;
  • c’est une organisation de défense des intérêts matériels et moraux de ses membres ;
  • c’est aussi, une organisation qui regroupe les travailleurs (euses) dans leurs diversités idéologique et politique, d’où son appellation organisation de masses ;
  • c’est un instrument de résistance des travailleurs contre l’exploitation, l’oppression et la répression ;
  • En somme, le syndicat est un organe de veille sur les décisions et actions politiques d’où son rôle de contre-pouvoir indispensable à l’exercice réel de la démocratie.

Il convient de rappeler que le syndicat remplit  4 fonctions essentielles:

  • la fonction éducative : par cette fonction, il éduque, forme, les militants(es), les travailleurs (euses) en vue d‘élever leur niveau de conscience politique et syndical ;
  • la fonction normative à travers laquelle il contrôle et combat les normes à contenu répressif et destructeur des acquis des couches socio-professionnelles ;
  • la fonction représentative qui permet à ses dirigeants et/ou membres désignés de représenter les travailleurs dans les instances indiquées ;
  • la fonction revendicative à travers laquelle les préoccupations des travailleurs sont recensées et adressées aux responsables institutionnels et/ou administratifs.
  • la fonction participative qui recommande la cogestion donc la coresponsabilité : cette fonction n’est pas partagée par tous.

A noter que pour faire face aux syndicats, la bourgeoisie n’hésite pas à s’organiser aussi en syndicats et aussi à créer des syndicats de travailleurs fantoches à sa solde.

1.2 La politique et le parti politique.

Le petit Larousse identifie la politique à « l’ensemble des affaires publiques ». Le camarade TOURE Drissa, professeur de philosophie à la retraite précise dans son ouvrage Syndicalisme et Politique, P6 et P7 ceci : «  la politique c’est la manière dont la société est organisée et gérée par les classes sociales qui détiennent le pouvoir politique et contrôlent l’appareil de l’Etat. ». Pour lui, « un des instruments politiques modernes importants grâce auquel les classes dominantes exercent leur contrôle sur l’Etat et orientent la vie des sociétés, c’est le parti politique ».

Mais alors qu’est ce qu’un parti politique ?

Toujours selon le même auteur : « Le parti politique se compose d’hommes et de femmes représentant une classe donnée qui ont consciemment adopté une orientation politique et idéologique et dont l’objectif stratégique est la prise et la gestion du pouvoir d’Etat au profit de cette classe et de ses alliés ».

A la différence du syndicat, le parti politique, est donc une organisation de classes composée d’hommes et de femmes, représentants une classe donnée, qui ont consciemment adopté une orientation politique et idéologique et dont l’objectif stratégique est la prise et la gestion du pouvoir d’État  au profit de cette classe et de ses alliés.

Autrement dit, tout parti politique est fondamentalement un détachement d’une couche et classe sociale, organisé et structuré avec la volonté délibérée et affirmée de prendre le pouvoir pour la classe qu’il représente.

Le parti politique est  l’organisation d’une classe donnée ayant une ligne politique donnée luttant pour conquérir ou conserver le pouvoir et appliquer un programme politique donné.

Nous pourrions en déduire que le parti politique est une forme d’organisation au dessus du syndicat qui est une école.

1.3 La classe sociale

Selon le petit Larousse une classe sociale est « un ensemble de personnes qui ont en commun une fonction, une idéologie et surtout un niveau social ». Beaucoup plus précise est cette définition de Vladimir Illich OULIANOV dit Lénine révolutionnaire célèbre et homme d’État Soviétique : « on appelle classes de vastes groupes d’hommes qui se distinguent par la place qu’ils occupent dans un système historiquement défini de production sociale, par leur rapport (la plupart du temps fixé et consacré par les lois) vis-à-vis des moyens de production, par leur rôle dans l’organisation sociale du travail, donc par les modes d’obtention et l’importance de la part de richesse sociale dont ils disposent ».(in œuvres de Lénine Tome 29, page 425).

De ce fait, quatre critères permettent de juger de l’appartenance à une classe :

  • la place dans la production : ex : employés, employeurs ; salariés, actionnaires ;
  • le rapport à la propriété des moyens de production ex : non propriétaire ou propriétaire;
  • le rôle dans l’organisation du travail, ex : exécute ou produit ; ordonne ou décide ;
  • l’importance de la part de richesse, ex : peu de biens ou beaucoup de biens.

II. Rapport Syndicalisme/Politique

2.1 Bref aperçu sur le syndicalisme burkinabè

Le pluralisme syndical est une des caractéristiques du syndicalisme burkinabè. Parmi tous les pouvoirs qui se sont succédé aucun n’a réussi à imposer une centrale unique arrimée au pouvoir.

Au Burkina Faso ex-Haute Volta, les premiers syndicats sont nés à SYA (Bobo-Dioulasso) en 1946. Les premières confédérations sont la section de l’Union Générale des Travailleurs d’Afrique Noire (UGTAN), l’Union Territoriale des Travailleurs de Haute-Volta (UTT-HV) qui deviendra Union Syndicale des Travailleurs Voltaïque (USTV) après 1960 et aujourd’hui USTB ; puis la section de la Confédération Africaine des Travailleurs Croyants (CATC) qui  est devenue CNTV puis CNTB.

Les 5 autres centrales naîtront soit par scission au sein d’une centrale déjà existante : cas de l’OVSL (ONSL) en 1963, l’UGTV (UGTB) en 1978 et FO/UNSL en 1995, soit par regroupement sur le terrain de syndicats autonomes : cas de la CSV en 1974 et de la CGT-B en 1988.

A côté des six (6 centrales) existent de nombreux syndicats autonomes dont dix-sept comptant parmi les plus représentatifs sont organisés en  coordination des  syndicats autonomes. Au nombre de 17, ces syndicats sont: SAIB – SATEB– SBM – SNEAB– SNESS – SYNATEB –SYNATIC – SYNTAS- SAMAE–SATB- –SYNTRAPOST– SYNAPAGER–SYNATIPB – SYNATRAD–SYSFMAB– SYNATEL- UGMB.

A côté de ces syndicats organisés en coordination des syndicats autonomes, existent de nombreux syndicats plus ou moins représentatifs : SYNAJ, SGB, SPESS, etc.

A partir de 2011 et aussi à partir de 2014 après l’insurrection populaire de nombreux secteurs ou catégories non organisés verront la naissance de syndicats : SYNAGRH, SYNAJEFP, SYNACIT, SYNAMICA, SYNATRAS, etc.

Il convient de signaler à côté des syndicats de travailleurs,  les syndicats d’étudiants et d’élèves : UGEB, ANEB, AESO, CEEB qui ont apporté une contribution inestimable dans la formation et la conscientisation de la jeunesse scolaire et estudiantine.

Ce sont donc ces six (06) centrales syndicales et 17 syndicats autonomes qui constituent l’Unité d’Action Syndicale (UAS) mise en place  depuis 1999 et qui, à la suite de nombreuses luttes menées seule ou dans le cadre de la Coalition nationale de lutte Contre la Vie Chère (CCVC) sur l’ensemble du territoire, a arraché de nombreux et importants acquis.

2.2 L’apport des syndicats à la lutte générale du peuple

Aux étapes importantes de notre histoire les syndicats ont apporté leur contribution surtout par le biais de l’unité d’action.

  1. Déjà pendant la période coloniale les syndicats africains et voltaïques en particuliers ont été au devant de la lutte pour la décolonisation en relation étroite avec des partis politiques (ex l’UGTAN et le RDA). En Haute Volta la section de l’UGTAN et le Mouvement de Libération Nationale (MLN) du professeur Joseph KI-ZERBO ont fait campagne pour le NON au référendum gaulliste de 1958 alors que tous les autres partis politiques appelaient à voter OUI pour De Gaulle.
  2. Le 27 avril 1964, l’Assemblée Nationale  a voté une loi faisant obligation aux syndicats de fusionner en une centrale unique. En 1965, le président YAMEOGO et ses hommes, après avoir tenté la mise en place d’un parti unique appelé l’Union Démocratique Voltaïque (UDV) et vidé les caisses de l’Etat voulaient en faire payer les frais au peuple en particulier aux travailleurs en décidant de mesures antisociales comme l’abattement de 20 % des salaires, la réduction des allocations familiales de plus de 50%, le blocage des avancements pendant deux (2) ans, etc…. La riposte des syndicats a conduit au 3 janvier 1966 avec le soulèvement populaire qui emporta la 1ère république.
  3. De même en 1975, c’est la grève générale des 17 et 18 décembre qui empêchera la création du parti unique dénommé Mouvement national pour le Renouveau du Général LAMIZANA Sangoulé. C’est au sortir de cette crise que pour briser l’élan unitaire des syndicats, Sangoulé LAMIZANA a nommé TRAORE Zoumana alors Secrétaire Général de l’USTV comme Ministre du Travail.
  4. En 1985, sous le Conseil National de la Révolution, les syndicats du Front  Syndical (FS) ont engagé la résistance contre la baisse du pouvoir d’achat et la confiscation des libertés à un moment où le licenciement en mars 1984 de 1600  instituteurs avait semé la panique et le désarroi dans le monde syndical.

2.3 Autres actions fortes des syndicats burkinabè :

  • La contribution en 1990 aux assises nationales sur le projet de la constitution du 2 juin 1991 ; dont deux des principales revendications était la limitation du mandat présidentiel à cinq (05) ans renouvelable une fois et aussi la suppression de la seconde chambre de l’Assemblée nationale ;
  • la participation au bilan des 4 années de Révolution en 1988 ;
  • L’appel fait par certaines organisations syndicales à voter OUI au referendum constitutionnel de juin 1991 ;
  • La création et l’animation du Comité pour le Règlement des Affaires pendantes en matière de Droits Humains (CRADH) en 1995, suite à l’assassinat des deux élèves de Garango (ZIGANI Emile et ZIDIANI Blaise) ;
  • La création et l’animation du Collectif des Organisations de Masses et de Partis Politiques (COMPP) pour la lumière et la justice sur les assassinats de Norbert ZONGO et de ses trois compagnons le 13 décembre 1998 ;
  • La création et l’animation de la Coalition nationale Contre la Vie Chère, l’impunité, le Fraude et pour les libertés démocratiques (CCVC) le 12 mars 2008 ;
  • Le rôle joué par le Collectif Syndical CGT-B, l’Unité d’Action Syndicale (UAS) la Coalition Nationale contre la Vie Chère (CCVC) dans la période pré-insurrectionnelle en éducation et éveil des consciences des travailleurs, la défense des libertés politiques et syndicales jusqu’à l’insurrection populaire des 30 et 31 octobre 2014 ;
  • Les nombreuses luttes et soutiens aux luttes pendant la transition pour la sauvegarde des acquis de l’insurrection populaire ;
  • La résistance active contre le putsch réactionnaire de type fasciste du 16 septembre 2015 du Général Gilbert DIENDERE, son Régiment de Sécurité Présidentielle (RSP) et de leurs alliés politiques Congrès pour la Démocratie et le Progrès (CDP) de même que le Front Républicain.

2.4 Le syndicalisme burkinabè : enjeu de luttes politiques.

 Compte tenu de son caractère de force sociale,  les syndicats sont l’objet de convoitise des partis politiques, de tentatives d’affaiblissement ou de liquidation de la part des différents  régimes politiques qu’a connus notre pays. En effet :

  • La 1ère République de Feu Maurice YAMEOGO a tenté l’embrigadement des syndicats dans le parti unique par le biais d’une centrale unique.
  • La 2ème République des Gérard Kango OUEDRAOGO et Sangoulé LAMIZANA a pris un décret en date du 31 janvier 1973 limitant les libertés syndicales. Elle a licencié des grévistes du SNEAHV et du SUVESS, puis créé le Groupement d’Intervention des Forces Armées Voltaïques (GIFAV) qui consacrait l’enrôlement systématique et obligatoire d’élèves et d’étudiants pendant 2 mois durant les grandes vacances.
  • La 3ème République du tandem Joseph CONOMBO, Gérard KANGO et Sangoulé LAMIZANA va combattre les syndicats.

Monsieur Joseph Issouf CONOMBO premier Ministre d’alors déclara le 4 février 1979 lors d’un meeting du RDA à la maison du peuple : « Les syndicats sont une soupape de sécurité dont nous (les politiciens) nous sommes servis pour le retour à une vie  constitutionnelle normale, il faut désormais mettre fin à toute agitation de leur part ». (In syndicalisme et politique, TOURE Drissa, P11).

Toujours sous cette République le Président de l’Assemblée Nationale Monsieur Gérard Kango OUEDRAOGO au cours d’un autre  meeting du RDA en 1980 en pleine grève dans le secteur de l’enseignement (50 jours) fustige « la collusion des syndicats et des partis politiques de l’opposition (FPV, UNDD) » en ces termes : « et voilà maintenant que cette opposition s’abrite derrière les luttes syndicales pour mieux renverser ce pouvoir qui lui a été refusé par le suffrage populaire. Les masques sont tombés. Il est clair à présent pour ceux qui en doutaient encore que le but évident de cette agitation  est le renversement du régime ».

C’est sous cette même 3ème république, en 1979, que 700 étudiants grévistes ont été chassés de l’université de Ouaga et 80 de celle de Niamey.

La 4ème République s’est aussi illustrée dans les tentatives pour contrôler et/ou réduire au silence les syndicats. En effet, elle s’est illustrée dans les pratiques suivantes :

  • organisation de putschs syndicaux (cf. crises ONSL, CNTB, CSB) ;
  • corruption de responsables syndicaux ;
  • licenciement (ou autres sanctions) pour fait de grève (ou pour militantisme syndical) ;
  • Menaces, agressions, affectations de responsables et militants syndicaux qui résistent et refusent le bâillonnement et la caporalisation. Pour justifier les mesures répressives, les syndicats ou les syndicalistes sont accusés d’être manipulés Ces syndicats sont accusés de putschistes et suspectés d’être manipulés par le Parti Communiste Révolutionnaire Voltaïque (PCRV) ;
  • Constitution de milices pour réprimer des luttes ou pour expulser des travailleurs des villes où ils exercent sur des bases régionalistes et tribalistes avec parfois incendie ou destruction de leurs habitations et biens (cas de Koudougou, de Fada N’Gourma en 2000) ;
  • Autorisation de licenciements de responsables syndicaux et de délégués de personnel accordée à des patrons d’entreprises privées au mépris de la législation en vigueur ;
  • Occupation des Bourses du Travail de Ouaga et de Bobo ;
  • Tentative d’interdire la grève de solidarité et la grève politique ;
  • Institutions de zones rouges ;
  • Tirs à balles réelles sur des manifestants pacifiques ;
  • Fermeture des Universités OUAGA I et OUAGA II ;
  • Exclusion de 16 étudiants de l’Université de Koudougou avec interdiction pour certains de s’inscrire au Burkina.
  • ETC.

Les régimes d’exception n’ont pas été en reste dans la répression des militants syndicalistes à défaut de les récupérer. En effet, ces régimes se sont illustrés dans :

  • l’adoption ou la tentative d’adoption de lois anti-grève ou anti-syndicats ;
  • la dissolution de syndicat (cas de la CSV sous le Comité Militaire Pour le Redressement National (CMRPN))
  • les perquisitions de domiciles de responsables syndicaux (CMRPN, Conseil National de la Révolution (CNR), le Front Populaire (FP)) ;
  • l’interdiction ou la levée d’AG de syndicats (CMRPN, CNR, FP) ;
  • les arrestations et déportations de syndicalistes pour faits de grèves (CMRPN, CNR, FP) ;
  • les attaques et les occupations des Bourses du Travail (CNR, FP) ;
  • les tortures jusqu’à ce que mort s’en suive de militants syndicaux : cas de DABO Boukary, (FP), Guillaume SESSOUMA (FP) ;
  • l’usage de l’anticommunisme, l’usage de la thèse de la manipulation par le PCRV.

Les autorités de la transition, avec l’appui de certaines  Organisations de la Société Civile (OSC) n’ont pas été en reste dans les tentatives d’intimidation et de menaces des organisations syndicales et de leurs leaders ; par exemples :

  • le message de l’ex ministre de l’Administration territoriale et de la Sécurité, Monsieur Auguste Denise BARRY, en Décembre 2014 à la veille de la commémoration du 16ème anniversaire des assassinats odieux de Sapouy, avec  l’intention voilée de refuser la place de la Nation aux CODMPP et la CCVC, où il a laissé entendre : « on vous connait et on vous suit » ;
  • les messages du Lieutenant-Colonel, Yacouba Isaac ZIDA actuel général de division, et de l’ex Président du Faso Michel KAFANDO, appuyés par des OSC, sifflant la fin de la « rucratie » ;
  • les conférences de presse des OSC (notamment celle animée après les mouvements des travailleurs de la BRAKKINA et les transporteurs routiers du Burkina,) et des écrits d’intellectuels de service lançant un ultimatum de dix jours aux autorités de la transition pour mettre les responsables syndicaux aux arrêts, dans le cas contraire qu’ils prendraient leurs responsabilités en appelant leurs militants à travers les quartiers pour les « arrêter à travers une guérilla urbaine pacifique ». etc.

III. Du syndicalisme à la politique

Il apparaît donc assez clairement une interférence sinon des liaisons fortes entre syndicalisme et politique sous tous les régimes. Il devient de plus en plus difficile de fuir ou de camoufler les imbrications entre syndicalisme et politique. Ecoutons à ce sujet M. Georges SEGUY, 81 ans, qui a été secrétaire général de la fédération des cheminots français pendant 10 ans, secrétaire général de la Cgt de France pendant 15 ans, membre de la direction du Parti Communiste Français (PCF) auquel il a adhéré à 15 ans pendant la 2ème guerre mondiale:

«  De nos jours, se pose plutôt la question de savoir comment concevoir les rapports entre partis et syndicats. Les premiers ne s’interdisent pas d’avoir leur opinion sur le rôle des seconds et, de façon réciproque, ces derniers ont leur propre jugement sur les programmes politiques. »

 (Résister de Mauthausen à mai 68,  page 212, Georges SEGUY, avril 2008).

 En fait, un syndicat qui se veut conséquent ne peut pas être indifférent à la politique, c’est-à-dire à la façon dont le pays est géré sur les plans politique, économique, social, culturel. En effet, les problèmes que posent les syndicats sont nécessairement en lien avec la politique mise en œuvre.

Ainsi, lorsque les syndicats dénoncent les privatisations, lorsqu’ils exigent une baisse des impôts ou encore une diminution des prix, ils remettent en cause la politique mise en œuvre par les autorités.

Par ailleurs, sur la question fondamentale des libertés, qu’il s’agisse de la liberté politique, des libertés démocratiques et syndicales, le syndicat qui pose des problèmes y relatifs peut facilement être taxé de faire de la politique.

Les cas suivants permettent de voir qu’un syndicat peut difficilement se taire sous prétexte qu’il ne fait pas de la politique

 Il arrive bien souvent qu’un citoyen, qu’il soit un homme politique, un syndicaliste ou un journaliste soit arrêté, emprisonné ou même tué pour son opinion ou pour des activités qui n’ont rien d’illégal ;

Lorsque les dirigeants politiques prennent souvent des mesures attentatoires à la constitution, ou encore des mesures qui restreignent les libertés des citoyens, le syndicat peut-il se taire en arguant de son apolitisme ;

3.1 Cas de luttes politiques menées par les syndicats :

  • sous la colonisation, les syndicats africains n’avaient pas d’autre choix que de se battre aussi pour l’indépendance de leurs pays. Ce n’est pas un fait du hasard si à l’accession aux indépendances, de nombreux dirigeants syndicaux se sont retrouvés à la tête de leurs Etats : Félix Houphouët BOIGNY, Sékou TOURE, Daniel Ouezzin COULIBALY, Maurice YAMEOGO, etc.
  • le 3 janvier 1966, on est passé assez rapidement de revendications purement économiques à une revendication politique qui a entraîné la chute du régime de Maurice YAMEOGO,
  • la grève des 17 et 18 décembre 1975 a été une grève politique puisqu’il s’est agi de s’opposer à l’instauration d’un parti unique en Haute-Volta ;
  • au retour du processus démocratique en 1991, la qualité des structures devant gérer les élections n’a pas laissé les organisations syndicales indifférentes : elles se sont clairement prononcé contre la Commission Nationale d’Organisation des Elections (CNOE) qui était directement rattachée au gouvernement et a milité en faveur d’une commission réellement indépendante ;
  • les revendications et les luttes du mouvement syndical relatives aux dossiers de crimes de sang ont un caractère politique ;
  • la grève générale consécutive au putsch du RSP qui a connu une forte adhésion des travailleurs et des autres couches sociales a revêtu un caractère purement politique.

3.2 De la juste compréhension du rapport entre syndicalisme et politique.

Incontestablement il y a interaction entre syndicalisme et politique. Il faut donc un syndicalisme qui lie la défense des intérêts matériels et moraux de ses membres à la lutte des peuples pour la liberté politique et la justice sociale, qui lie revendications économiques aux questions politiques : C’est en cela que nous pouvons dire haut et fort : honneur aux pionniers et aux défenseurs du syndicalisme dans notre pays.

L’évolution du syndicalisme, à travers l’espace et le temps, montre clairement la permanence et l’étroitesse de ses rapports avec la politique. La juste attitude  en syndicalisme n’est donc ni la neutralité ni l’indifférence à l’égard des questions politiques.

Le danger de l’apolitisme proclamé, c’est que, dans les faits, on soutient une politique qui fait des victimes, notamment parmi les faibles.

L’expérience montre que les partis politiques cherchent toujours à étendre leur influence idéologique et politique sur les syndicats. Seulement, pour duper les masses, on leur fait croire que les syndicats doivent être « neutres », « apolitiques », « indépendants » ou « libres » lorsqu’ils sont sous son influence. Mais on crie à la récupération, à la politisation ou à la manipulation des syndicats lorsque ces derniers échappent au contrôle de ceux qui sont au pouvoir.

C’est notre droit à tous de nous intéresser à la gestion de notre destin, de nous prononcer sur la manière dont nous sommes gouvernés et mieux, d’agir pour changer les choses quand elles ne vont pas dans le sens de ce que nous voulons : c’est-à-dire de faire de la politique et de nous convaincre que syndicalisme et politique sont interdépendants.

En vérité, ce qui dégoûte aujourd’hui et éloigne les honnêtes citoyens de la politique ce sont des comportements  d’individus se disant hommes politiques mais n’ayant ni la qualité morale, ni les compétences pour diriger le pays. C’est une erreur de leur laisser le monopole des questions politiques.

Une fois cette vérité affirmée avec force, il est indispensable d’affirmer avec tout autant de fermeté que dans sa relation avec la chose politique le syndicat a des limites que les travailleurs et leurs organisations se doivent d’observer. Un vrai parti politique compte en son sein des militant(e)s conscient(e)s et dévoué(e)s à la cause du parti. Leur action étant sous-tendue par la boussole du parti qui est son orientation et son programme, le parti luttant pour accéder au pouvoir et appliquer son programme  politique. Le syndicat par contre, de par sa nature (organisation de masse), ne peut prétendre à la prise du pouvoir d’Etat.

Lors des évènements majeurs qui ont fortement marqué l’évolution politique nationale en 2013, en 2014 et en 2015, la question du rapport entre syndicalisme et politique a été très perceptible et le mouvement syndical s’est attelé à traiter cette question sans aller au-delà de son rôle et de ses prérogatives. Des personnes de bonne foi ne l’ont pas compris, par contre d’autres qui voulaient utiliser les syndicats comme marche pied vers leurs objectifs de prise du pouvoir s’en sont pris, parfois violemment, aux organisations syndicales les accusant d’avoir été absentes pendant l’insurrection. Ce que faisant ils feignaient d’ignorer que ce qui était en jeu c’était la question du changement politique dans notre pays dans une lutte pour la prise ou la conservation du pouvoir par les différents clans de la bourgeoisie par la modification ou non de l’article 37 de la constitution. Dans cette bataille quelle était la place et les intérêts des organisations des travailleurs dont les préoccupations avaient été soigneusement occultées par les pro et anti modification de l’article 37 ? Et quel rôle de premier plan voulait-on faire jouer aux syndicats à la place des partis politiques ?

La position des syndicats et de la Coalition Contre la Vie Chère a été très claire : la lutte contre la révision de l’article 37, est certes importante, mais l’engagement populaire ne peut se limiter à un tel objectif, car le peuple a de graves préoccupations qui se posent en termes de désengagement de fait de l’Etat des secteurs sociaux essentiels de base que sont la santé, l’éducation et le logement, secteurs vitaux aux mains de prédateurs pour la plupart inféodés au régime et peu soucieux du bien-être de notre peuple, le renchérissement continu et exponentiel du coût de la vie, le chômage des jeunes, le pillage des ressources de notre sous-sol par des sociétés minières étrangères; la crise du secteur de l’énergie, marquée entre autres par des délestages sans fin ; l’accaparement des terres des paysans pauvres sous prétexte d’ « agro business » ; l’impunité de crimes de sang et de crimes économiques ; la corruption et une banalisation de la délinquance en col blanc, des atteintes aux libertés démocratiques et syndicales, aux libertés d’expression et de manifestation, etc. Malgré tout, les militants syndicaux ont été très présents dans l’insurrection et ils ont fait partie de ceux qui ont dit non au premier coup d’Etat du RSP, le 1er Novembre 2014. Cette position anti-putsch sera plus clairement affirmée lors du coup d’Etat de type fasciste que le RSP tentera en Septembre 2015.

Cependant, quoique différents par leur nature et leur rôle, le syndicat et le parti politique peuvent se retrouver sur le même terrain de la lutte à un moment donné, défendant des intérêts communs dans une unité d’action. C’est ce qui s’est passé avec le CODMPP après les assassinats de Sapouy le dimanche 13 décembre 1998.

Conclusion

 L’histoire du mouvement syndical international, et particulièrement celle du mouvement syndical burkinabè fournit des exemples multiples où les syndicats ont dû, non seulement se prononcer sur des questions hautement politiques, mais mieux, engager des actions dans le sens de faire prendre en compte ses préoccupations relatives à ces questions.

Faut-il en conclure que les syndicats peuvent jouer le même rôle que les partis politiques ?

Bien sûr que non.

Nous devons renforcer nos organisations respectives, renforcer l’UAS pour poursuivre la lutte autour des questions de liberté et de justice, de bonne gouvernance, d’impunité, de corruption, de fraude, de la vie chère.

Vive le 3 janvier 1966 !

 Vive la grève générale des 17 et 18 décembre 1975 !

 Vive l’insurrection populaire des 30 et 31 octobre 2014 !

 Vive la résistance contre le putsch réactionnaire de type fasciste du 16 septembre 2015 !

Merci de votre attention !

Bassolma BAZIE,

SG CGT-B,

Président de mois des centrales syndicales

Télécharger la Conférence 3 JANVIER VF _ Bassolma BAZIE

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